Par Albert David
1. Origine et positionnement de la méthode DKCP
La méthode DKCP, pour Définition, Knowledge, Concept, Project, est issue des travaux de la chaire Théorie et Méthodes de la Conception Innovante (TMCI) de MINES Paris – PSL, notamment autour des recherches d’Armand Hatchuel et de Benoît Weil.
Elle s’inscrit dans le prolongement de la théorie C-K (Concept–Knowledge), largement utilisée dans les secteurs industriels à forte intensité technologique, notamment l’automobile, l’aéronautique, l’énergie et la santé.
2. Finalité centrale
Outiller le pilotage collectif du raisonnement créatif en contexte d’innovation complexe, incertain et multi-acteurs.
3. Principe général : piloter le raisonnement plutôt que les idées
Contrairement aux approches classiques de créativité, telles que le brainstorming ou l’idéation divergente, DKCP vise à structurer la progression du raisonnement collectif, à rendre explicites les allers-retours entre connaissances et concepts, et à sécuriser le passage de l’exploration créative vers des projets robustes.
Les travaux de la chaire TMCI montrent que les projets d’innovation pilotés par une structuration explicite du raisonnement, via la théorie C-K ou DKCP, présentent une réduction de 30 à 50 pour cent du taux d’abandon tardif par rapport aux démarches non structurées.
Les quatre espaces du raisonnement DKCP
3.1 Définition
La phase Définition consiste à clarifier le cadre du problème, à mettre au jour les verrous cognitifs, techniques et organisationnels, et à reformuler collectivement les enjeux. Les observations issues de projets complexes montrent une réduction de 20 à 40 pour cent des biais de cadrage initiaux lorsque cette phase est menée de manière structurée.
3.2 Knowledge (Connaissances)
La phase Knowledge vise la mobilisation des savoirs existants, qu’ils soient techniques, liés aux usages ou réglementaires. Elle permet également d’identifier les zones d’ignorance et de capitaliser les apprentissages. Dans les projets industriels de longue durée, le passage explicite par cette phase permet de réduire les redondances de recherche et développement d’environ 25 pour cent.
3.3 Concept
La phase Concept est dédiée à la production de concepts non encore validés, volontairement ouverts. Elle permet l’exploration de pistes ni vraies ni fausses, mais fécondes, et favorise le travail sur les ruptures possibles. En moyenne, un atelier DKCP génère deux à trois concepts réellement nouveaux, contre zéro à un dans un brainstorming classique fortement cadré.
3.4 Project
La phase Project vise la transformation des concepts en projets exploratoires. Elle comprend des arbitrages, des priorisations, des scénarisations et une préfiguration des trajectoires de développement. Lorsque cette phase est explicitement outillée, le taux de concrétisation des projets augmente de plus de 35 pour cent.
4. Les ateliers DKCP : une ingénierie de la délibération créative
Un atelier DKCP ne constitue pas un simple atelier créatif. Il s’agit d’un dispositif de gouvernance de l’innovation reposant sur une différenciation claire des rôles, tels que porteur de concept, garant des connaissances et facilitateur du raisonnement. Il mobilise des artefacts visuels spécifiques, comme les cartes de connaissances, les arbres de concepts et les scénarios de projet, et s’appuie sur des temporalités séquencées distinguant exploration, consolidation et décision.
Les publics concernés sont les équipes de recherche et développement, les managers de l’innovation, les directions stratégiques et les écosystèmes multi-partenaires.
5. Apports spécifiques pour le pilotage managérial
Face à une incertitude élevée, DKCP légitime l’exploration sans exiger de solutions immédiates. En situation de conflits d’expertise, la méthode permet de distinguer le débat sur les idées du débat sur les connaissances. Elle rend visibles les hypothèses sous-jacentes aux décisions et structure une intelligence collective orientée vers l’action.
6. Mise en perspective avec le design thinking, la facilitation et la méthode Phosphoriales
DKCP ne s’oppose pas au design thinking, il le complète. Le design thinking est particulièrement efficace pour travailler l’empathie et l’appropriation par les parties prenantes, tandis que DKCP excelle dans le pilotage cognitif et stratégique de l’innovation. Dans les dispositifs hybrides, DKCP joue souvent le rôle de colonne vertébrale conceptuelle, tandis que la facilitation soutient la dynamique humaine.
En comparaison, la méthode Phosphoriales se distingue moins par une structuration épistémologique du raisonnement que par une ingénierie de la délibération collective et de l’expérience vécue du travail. Là où DKCP organise le raisonnement en séparant explicitement les espaces de définition du problème, de mobilisation des connaissances, d’exploration conceptuelle et de passage au projet, Phosphoriales organise le processus d’appropriation humaine, symbolique et opérationnelle de l’innovation. Elle agit principalement sur la sécurisation du cadre psychique collectif, la mise en mouvement des acteurs et la transformation progressive des représentations. DKCP fournit ainsi une ossature conceptuelle et stratégique indispensable pour gouverner l’incertitude, tandis que Phosphoriales permet l’incarnation de cette ossature dans des dynamiques territoriales et managériales concrètes. Leur articulation offre un dispositif particulièrement robuste pour conduire des projets d’innovation complexes, en combinant rigueur du raisonnement, engagement des acteurs et progressivité de l’action.
Synthèse
DKCP est une méthode de pilotage du raisonnement créatif particulièrement adaptée aux organisations confrontées à des innovations complexes, systémiques ou de rupture. Elle transforme la créativité en un processus gouvernable, sans la réduire ni la stériliser.
En savoir plus
La méthode DKCP, pour Définition, Knowledge, Concept, Project, est issue des travaux de la chaire Théorie et Méthodes de la Conception Innovante (TMCI) de MINES Paris – PSL, notamment autour des recherches d’Armand Hatchuel et de Benoît Weil.
Elle s’inscrit dans le prolongement de la théorie C-K (Concept–Knowledge), largement utilisée dans les secteurs industriels à forte intensité technologique, notamment l’automobile, l’aéronautique, l’énergie et la santé.
2. Finalité centrale
Outiller le pilotage collectif du raisonnement créatif en contexte d’innovation complexe, incertain et multi-acteurs.
3. Principe général : piloter le raisonnement plutôt que les idées
Contrairement aux approches classiques de créativité, telles que le brainstorming ou l’idéation divergente, DKCP vise à structurer la progression du raisonnement collectif, à rendre explicites les allers-retours entre connaissances et concepts, et à sécuriser le passage de l’exploration créative vers des projets robustes.
Les travaux de la chaire TMCI montrent que les projets d’innovation pilotés par une structuration explicite du raisonnement, via la théorie C-K ou DKCP, présentent une réduction de 30 à 50 pour cent du taux d’abandon tardif par rapport aux démarches non structurées.
Les quatre espaces du raisonnement DKCP
3.1 Définition
La phase Définition consiste à clarifier le cadre du problème, à mettre au jour les verrous cognitifs, techniques et organisationnels, et à reformuler collectivement les enjeux. Les observations issues de projets complexes montrent une réduction de 20 à 40 pour cent des biais de cadrage initiaux lorsque cette phase est menée de manière structurée.
3.2 Knowledge (Connaissances)
La phase Knowledge vise la mobilisation des savoirs existants, qu’ils soient techniques, liés aux usages ou réglementaires. Elle permet également d’identifier les zones d’ignorance et de capitaliser les apprentissages. Dans les projets industriels de longue durée, le passage explicite par cette phase permet de réduire les redondances de recherche et développement d’environ 25 pour cent.
3.3 Concept
La phase Concept est dédiée à la production de concepts non encore validés, volontairement ouverts. Elle permet l’exploration de pistes ni vraies ni fausses, mais fécondes, et favorise le travail sur les ruptures possibles. En moyenne, un atelier DKCP génère deux à trois concepts réellement nouveaux, contre zéro à un dans un brainstorming classique fortement cadré.
3.4 Project
La phase Project vise la transformation des concepts en projets exploratoires. Elle comprend des arbitrages, des priorisations, des scénarisations et une préfiguration des trajectoires de développement. Lorsque cette phase est explicitement outillée, le taux de concrétisation des projets augmente de plus de 35 pour cent.
4. Les ateliers DKCP : une ingénierie de la délibération créative
Un atelier DKCP ne constitue pas un simple atelier créatif. Il s’agit d’un dispositif de gouvernance de l’innovation reposant sur une différenciation claire des rôles, tels que porteur de concept, garant des connaissances et facilitateur du raisonnement. Il mobilise des artefacts visuels spécifiques, comme les cartes de connaissances, les arbres de concepts et les scénarios de projet, et s’appuie sur des temporalités séquencées distinguant exploration, consolidation et décision.
Les publics concernés sont les équipes de recherche et développement, les managers de l’innovation, les directions stratégiques et les écosystèmes multi-partenaires.
5. Apports spécifiques pour le pilotage managérial
Face à une incertitude élevée, DKCP légitime l’exploration sans exiger de solutions immédiates. En situation de conflits d’expertise, la méthode permet de distinguer le débat sur les idées du débat sur les connaissances. Elle rend visibles les hypothèses sous-jacentes aux décisions et structure une intelligence collective orientée vers l’action.
6. Mise en perspective avec le design thinking, la facilitation et la méthode Phosphoriales
DKCP ne s’oppose pas au design thinking, il le complète. Le design thinking est particulièrement efficace pour travailler l’empathie et l’appropriation par les parties prenantes, tandis que DKCP excelle dans le pilotage cognitif et stratégique de l’innovation. Dans les dispositifs hybrides, DKCP joue souvent le rôle de colonne vertébrale conceptuelle, tandis que la facilitation soutient la dynamique humaine.
En comparaison, la méthode Phosphoriales se distingue moins par une structuration épistémologique du raisonnement que par une ingénierie de la délibération collective et de l’expérience vécue du travail. Là où DKCP organise le raisonnement en séparant explicitement les espaces de définition du problème, de mobilisation des connaissances, d’exploration conceptuelle et de passage au projet, Phosphoriales organise le processus d’appropriation humaine, symbolique et opérationnelle de l’innovation. Elle agit principalement sur la sécurisation du cadre psychique collectif, la mise en mouvement des acteurs et la transformation progressive des représentations. DKCP fournit ainsi une ossature conceptuelle et stratégique indispensable pour gouverner l’incertitude, tandis que Phosphoriales permet l’incarnation de cette ossature dans des dynamiques territoriales et managériales concrètes. Leur articulation offre un dispositif particulièrement robuste pour conduire des projets d’innovation complexes, en combinant rigueur du raisonnement, engagement des acteurs et progressivité de l’action.
Synthèse
DKCP est une méthode de pilotage du raisonnement créatif particulièrement adaptée aux organisations confrontées à des innovations complexes, systémiques ou de rupture. Elle transforme la créativité en un processus gouvernable, sans la réduire ni la stériliser.
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