L’expression « imaginaire computationnel » désigne un régime spécifique de production et de structuration des représentations du monde, dans lequel les processus algorithmiques deviennent des médiateurs centraux de l’imagination.
Il ne s’agit pas simplement d’un imaginaire portant sur la technologie, mais d’un imaginaire produit, orienté et contraint par des systèmes computationnels.
Premièrement, l’imaginaire computationnel renvoie à une transformation des conditions de production de l’imaginaire. Historiquement, l’imaginaire collectif s’élaborait à partir de mythes, de récits, d’expériences sociales et de constructions symboliques. Avec l’IA, une partie de cette production est désormais co-générée par des systèmes capables de recombiner des corpus massifs de données. L’imaginaire devient alors partiellement externalisé dans des architectures techniques.
Deuxièmement, il se caractérise par une logique de combinatoire. Les modèles computationnels ne créent pas ex nihilo ; ils produisent des variations à partir de structures existantes. L’imaginaire computationnel est donc un imaginaire de la recomposition, fondé sur des probabilités, des corrélations et des patterns. Cela le distingue d’un imaginaire symbolique classique, davantage ancré dans des ruptures narratives ou des archétypes.
Troisièmement, cet imaginaire est fortement orienté par les données. Ce que l’IA « imagine » dépend des corpus sur lesquels elle a été entraînée. Il en résulte un imaginaire statistiquement plausible mais potentiellement normatif, qui tend à reproduire des structures dominantes plutôt qu’à générer des formes radicalement inédites. Cela pose une question centrale pour la prospective : celle de la capacité à penser des ruptures non contenues dans les données passées.
Quatrièmement, l’imaginaire computationnel modifie le rapport entre abstraction et matérialisation. Les technologies génératives permettent de donner une forme quasi immédiate à des hypothèses (textes, images, simulations). L’imaginaire devient ainsi plus tangible, plus rapidement partageable, ce qui transforme les processus de conception et de délibération. Dans vos logiques de facilitation, cela correspond à une accélération du passage entre idéation et prototypage.
Cinquièmement, il introduit une hybridation entre imagination humaine et machine. L’imaginaire computationnel n’est pas autonome : il se construit dans une interaction. L’humain formule des intentions, des contraintes, des cadres interprétatifs ; la machine propose des expansions, des variations, des alternatives. On assiste ainsi à l’émergence d’un imaginaire co-construit, que l’on peut qualifier de socio-technique.
Enfin, cet imaginaire possède une dimension performative. Les représentations produites par les systèmes computationnels influencent les décisions, les stratégies et les visions du futur. Autrement dit, l’imaginaire computationnel ne se contente pas de représenter le futur : il contribue à le façonner.
En synthèse, l’imaginaire computationnel peut être défini comme un système de production de représentations fondé sur des processus algorithmiques, caractérisé par la recombinaison de données, la probabilisation des possibles et l’hybridation avec l’intelligence humaine. Dans une perspective de prospective, il constitue à la fois une ressource puissante pour explorer des futurs plausibles et une limite potentielle lorsqu’il s’agit de penser des ruptures véritablement inédites.
Il ne s’agit pas simplement d’un imaginaire portant sur la technologie, mais d’un imaginaire produit, orienté et contraint par des systèmes computationnels.
Premièrement, l’imaginaire computationnel renvoie à une transformation des conditions de production de l’imaginaire. Historiquement, l’imaginaire collectif s’élaborait à partir de mythes, de récits, d’expériences sociales et de constructions symboliques. Avec l’IA, une partie de cette production est désormais co-générée par des systèmes capables de recombiner des corpus massifs de données. L’imaginaire devient alors partiellement externalisé dans des architectures techniques.
Deuxièmement, il se caractérise par une logique de combinatoire. Les modèles computationnels ne créent pas ex nihilo ; ils produisent des variations à partir de structures existantes. L’imaginaire computationnel est donc un imaginaire de la recomposition, fondé sur des probabilités, des corrélations et des patterns. Cela le distingue d’un imaginaire symbolique classique, davantage ancré dans des ruptures narratives ou des archétypes.
Troisièmement, cet imaginaire est fortement orienté par les données. Ce que l’IA « imagine » dépend des corpus sur lesquels elle a été entraînée. Il en résulte un imaginaire statistiquement plausible mais potentiellement normatif, qui tend à reproduire des structures dominantes plutôt qu’à générer des formes radicalement inédites. Cela pose une question centrale pour la prospective : celle de la capacité à penser des ruptures non contenues dans les données passées.
Quatrièmement, l’imaginaire computationnel modifie le rapport entre abstraction et matérialisation. Les technologies génératives permettent de donner une forme quasi immédiate à des hypothèses (textes, images, simulations). L’imaginaire devient ainsi plus tangible, plus rapidement partageable, ce qui transforme les processus de conception et de délibération. Dans vos logiques de facilitation, cela correspond à une accélération du passage entre idéation et prototypage.
Cinquièmement, il introduit une hybridation entre imagination humaine et machine. L’imaginaire computationnel n’est pas autonome : il se construit dans une interaction. L’humain formule des intentions, des contraintes, des cadres interprétatifs ; la machine propose des expansions, des variations, des alternatives. On assiste ainsi à l’émergence d’un imaginaire co-construit, que l’on peut qualifier de socio-technique.
Enfin, cet imaginaire possède une dimension performative. Les représentations produites par les systèmes computationnels influencent les décisions, les stratégies et les visions du futur. Autrement dit, l’imaginaire computationnel ne se contente pas de représenter le futur : il contribue à le façonner.
En synthèse, l’imaginaire computationnel peut être défini comme un système de production de représentations fondé sur des processus algorithmiques, caractérisé par la recombinaison de données, la probabilisation des possibles et l’hybridation avec l’intelligence humaine. Dans une perspective de prospective, il constitue à la fois une ressource puissante pour explorer des futurs plausibles et une limite potentielle lorsqu’il s’agit de penser des ruptures véritablement inédites.
Première bibliographie
Gilbert Durand, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Armand Colin/Dunod, 12e édition, janvier 2021.
Cornelius Castoriadis, L’Institution imaginaire de la société, Seuil.
Dominique Cardon, À quoi rêvent les algorithmes. Nos vies à l’heure des big data, Seuil, 2015.
En anglais
Riel Miller, travaux sur Futures Literacy et anticipation, notamment dans le cadre de l’UNESCO et de l’OCDE.



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